Quoique multi-séculaire, ce mot populaire dans la bouche d'un président de la République est assez rare. Il a même soulevé une tempête et suscité un nouveau procès en arrogance.

Selon le syndrome de Robespierre qui, la veille de Thermidor, en ne nommant pas ses ennemis précisément, les ligua tous contre lui et ainsi le précipita sous l'échafaud le lendemain, Emmanuel Macron aurait dû préciser sa cible. Il a bien essayé, en vain, de se justifer, par la suite mais le mal était fait... surtout à la veille de manisfestations de rue !

Alors qu'il vitupérait 'les fainéants, les cyniques et les extrêmes', seuls les premiers nommés ont retenu l'attention médiatique. Mais où et qui sont-ils ? Vous, moi, nous, eux ?

Serait-ce l'injure suprême en France où tant de gens travaillent peu ou pas, par force ou obligation (chômage, maladie, handicap, âge, manque de clientèle...)? N'oublions pas que la paresse est la mère de tous les vices.

On peut être certainement heureux en étant fainéant plus qu'en étant cynique ou extrême.

Les Rois fainéants de l'époque mérovingienne ont laissé un souvenir pittoresque alors que les rois maudits du 14e siècle, probablement, plus actifs,  trucidaient à tour d'épée.

A l'école, près du radiateur le cancre allait de pair avec le fainéant quand il ne l'était pas lui-même.

Faire néant dit bien l'inactivité. Oisif, glandeur, pire feignant ou faignant, feignasse voire grosse feignasse, apathique, mou, tire-au-flanc, parasite, glandeur, branleur, paresseux, indolent, flemmard, bulleur... la liste est inépuisable pour décrire cette aspiration si humaine au repos plus ou moins prolongé.

Certains philosophes l'ont même chaudement recommandée. Mais au fait, le fainéant réflêchit-il, médite-t-il ? Pas sûr, car l'activité cérébrale, moins spectaculaire que sa consoeur corporelle, n'en est pas moins grosse consommatrice d'efforts, de sueur et de neurones. Ce serait alors un sommeil les yeux ouverts.

Ne rien faire et l'assumer reste un art quand tant s'agitent.

La vie est courte et précieuse, ne rien faire est donc vu comme un crime vis à vis de soi et des autres. Il faut alors se cacher pour fainéanter tout son saoûl. Ni la famille ni l'entreprise n'offrent un havre paisible au fainéant. J'entends.. "et la fonction publique'?" je ne répondrai pas à cette provocation !

Le cynique est, à tort ou à raison, crédité d'un esprit supérieur mais sa cause est désespérée. Quand à l'extrême, on lui reconnait de fortes convictions mais il ne peut aspirer durablement à diriger, gouverner ou alors très temporairement. Son outrance le discrédite après avoir un temps séduit. Il ne pourra rallier l'immense majorité des modérés.

Reste le fainéant qui jouit d'une certaine sympathie à condition que ce ne soit pas soi. On ne le craint pas. Mais l'époque hyper technique n'est pas pour le rendre populaire. Le droit à la fainéantise est strictement encadré : après le dur labeur de l'année, sur une plage paradisiaque ou au bord d'une piscine, un mojito à la main et pour une courte durée, le tout dûment documenté et rapporté sur les réseaux sociaux. Le fainéant doit scénariser pour se faire excuser sinon !

Le droit à la paresse reste bien à conquérir sous l'oeil réprobateur du voisinage et de l'opinion publique !