On apprend avec effarement à connaître Donald Trump qui essaie depuis dix jours de tenir ses promesses de campagne par un déluge d'executive orders, signés frénétiquement sous les caméras. Ah la peur du parapheur vide en arrivant au bureau le matin ! Toutes ces mesures brouillonnes, contraires à l'intérêt  long terme même des USA, qui doivent être confirmées par le Congrès sont prises alors que moins de 20% du gouvernement Trump est en place et que les défections par milliers dans les ministères et les agences fédérales désorganisent le pays.

Mais où est passé notre Donald à nous, Donald Tusk, le président du Conseil Européen, première voix de l'Europe, devenue muette, atterrée ?

megaphone

Pas une décision du nouveau président américain qui n'appelle une réaction forte de l'Europe sur les principes ou parce que, par ricochet ou directement, elle sera impactée:

- commerce : les murs, les droits de douane et autres taxes à l'importation, la sortie de traités conduisent tout droit à un regain de protectionnisme et de représailles, à coup sûr un affaiblissement du commerce mondial (dixit le président chinois Xi Jinping).

- monnaie : la politique de grands travaux, nécessaire dans bien des cas, sur base de déficit abyssal, va immanquablement faire redécoller les taux d'intérêt du dollar et affaiblir l'euro. La guérilla entre la Fed et la Maison Blanche va accroitre la volatilité sur les marchés notament des devises.

- politique étrangère : le désintérêt voire le retrait de certaines alliances (TPP) ou zones géographiques (Moyen-Orient et Asie) va créer des appétits, enhardir la Russie,  les puissances régionales, la nature ayant horreur du vide. Sans oublier les provocations avec Jérusalem... Il serait temps de prendre des initiatives et de songer à repenser notre diplomatie tout en accélérant l'émergence d'une défense commune sans l'Angleterre.

- immigration : l'interdiction aveugle de tous les ressortissants de 7 pays à majorité musulmane va renforcer le sentiment anti- américain et anti-occidental et nourrir le terreau du terrorisme. Le non respect des accords pris par l'admnistration précédente, même avec de vieux alliés (cf. l'épisode vaudevillesque avec l'Australie) est de nature à fragiliser dans l'avenir toute coopération avec les USA.

- écologie : les permis pour les grands pipelines et le forage à tout-va du gaz de schiste, la chimère du charbon propre (il faudra qu'on m'explique !) vont défigurer le pays, augmenter le CO2 dans l'air. L'accord de Paris est menacé. Le climatoscepticisme est à son apogée.

- sociétal : les nominations envisagées sont des provocations pour bien des américains (Cour Suprême, Justice) laissent craindre un retour au 20e, voire au 18e siècle. Je ne crois pas que les pères fondateurs dans leur sagesse aient jamais souhaité une Constitution immuable.

Après la phase de sidération (pourtant tout cela n'était il pas prévisible ?), l'Europe décidera t-elle de parler d'une seule voix et fortement car l'inquiétude grandit avec les nouvelles incertitudes venues de Washington.

Seule l'Europe peut rassurer un monde fragmenté. L'occasion où jamais d'unifier notre continent, autour non pas d'un grand dessein, mais simplement contre le mauvais dessein de l'Amérique. En attendant mieux !