Il existe assez peu de traces du passage de Donald Trump en Afrique.

Si on a bien vu ses fistons plastronner de manière obscène devant des carcasses de gros gibier, on ne trouve pas la moindre Trump Tower, le moindre casino ou un quelconque business du milliardaire au Maghreb ou au sud du Sahara.

Le verbatim de sa campagne, même dans la partie non censurée réservée aux plus de 18 ans, laisse très peu de place aux sujets africains, parents (très) pauvres face aux thèmes dominants latinos et asiatiques. Trump a encore moins parlé de l'Afrique que de l'Europe, c'est dire!

Sa réflexion sur de nombreux sujets complexes du continent pourrait donc se limiter aux notes concoctées par ses équipes... à condition qu'il les lisent et accepte d'apprendre. Une vision messianique, superficielle et brouillonne est la dernière chose dont l'Afrique a besoin.

Allons, soyons justes. De l'Afrique, Donald Trump connaît au moins le Roi Lion, comme le prouve la vidéo sur l'humiliation magistrale qu'il subit de la parte d'Obama, lors du dîner des correspondants de la Maison Blanche le 30 avril 2011 qui, d'après la légende, le décida à se lancer dans la course présidentielle pour rendre sa revanche.

Alors, on me dit : 'Attendons, ne jugeons pas encore. C'est trop tôt. Le pouvoir peut rendre réaliste, pragmatique. Le Congrès veillera. Il y a des garde-fous constitutionnels (!). La campagne est une chose, la Maison Blanche une autre.... Qui sait?'

La fortune de son équipe supérieure à bien des PIB de la région ? ''Pur argument démagogique !''...

Bon admettons. Mais tout affairé au détricotage empressé des mesures phares de la présidence Obama, l'Afrique ne sera clairement pas sur l'agenda présidentiel avant longtemps.

Avec ses embardées conceptuelles, pouvant tout dire et son contraire, ne reconnaissant jamais d'erreurs, très éloigné des valeurs d'humilité et d'écoute que requiert la compréhension des peuples d'Afrique, peut-on imaginer un quelconqu'intérêt du nouveau président dans les quatre prochaines années ?

La créativité, la résilience, une démographie dynamique, une classe moyenne offrant des débouchés pour l'Amérique, des rentabilités souvent élevées devraient pourtant trouver un écho chez l'homme d'affaires.

Faut-il que les laissés-pour-compte dont il s'est fait le champion soient uniquement les 'vieux blancs de la Rust belt' ?

Je ne compte pas trop non plus sur son entourage familial et politique pour corriger le tir (cf. auditions devant le Congrès), pour plaider la cause du continent. La future diplomatie pilotée par l'ancien président d'Exxon ne me rassure pas. Même le pétrole du golfe de Guinée jadis objet de toutes les convoitises pour faire pendant au brut saoudien, est passé au second rang à l'heure du gaz de schiste et de prix faibles.

Après le chaos qui a suivi les printemps arabes, nostalgique de Moubarak et de Khadafi, Trump ne fera pas pression sur les autocrates en place. C'est un signal pour les 'hommes forts' de tous poils qui sont encore aux manettes dans de trop nombreux pays.

Seul le terrorisme du Nigéria à l'Egypte, en passant par le Sahel pourrait entraîner une réaction de sa part pour autant que les USA soient menacés mais même là, les rodomontades, les jugements à l'emporte-pièce ("éradiquer rapidement les terroristes de la surface de la terre") risquent d'avoir un effet contraire et de montrer l'impuissance.

Tonitruer, tweeter, signer des parapheurs ne suffiront pas pour que les choses s'accomplissent, que la réalité se plie comme dans une émission de télé réalité. On peut craindre du '' you're fired!' dans les couloirs de l'administration.

Heureusement, l'Afrique face au retrait des Etats-Unis qui remonte bien avant la présidence Obama, s'est tournée vers d'autres partenariats. Et le secteur privé, les fonds d'investissements, les ONG... souvent américains d'ailleurs, ont pris le relais.

Mais, après tout, Obama, hormis une poignée de visites à forte portée symbolique et le bref sentiment de fierté des africains de voir l'homme le plus puissant du monde être de couleur, n'a pas fait grand chose, naturellement plus porté vers l'Asie et ses enjeux de soft power.

Peut on exiger plus de son successeur ?