Après les matchs de boxe d'anthologie Rumble in the Jungle et Thrilla in Manilla des années 70 qui avaient mis en vedette Mohammed Ali contre Joe Frazier et George Foreman, nous venons d'assister à Paris à ce que la politique hexagonale peut faire de mieux en terme d'affiche: Primaries in Paris avec plus de 4 millions de téléspectateurs voteurs.

Sur le ring, à ma droite, le sourcilleux Abbé Fillon dit le moine de Solesmes, chasuble carmin. A mon centre droit, Frère Alain dit le bonze de Bordeaux, sari orange, droit dans ses sandales. Deux poids lourds, affichant sur la balance soixante dix ans de vie politique à eux deux.

Deux athlètes de la campagne électorale, au sommet de leur art, compétents et affûtés pour remporter la couronne de président.

Le match se joue en trois rounds : 1/ économie 2/ social 3/ sécurité et diplomatie.

Les gants ne sont ni beurre frais ni en pécari. ça cogne. Les uppercuts et les crochets (mais uniquement du droit) pleuvent : réactionnaire moyenâgeux, allié du djihadisme, brute, réformiste mou, russophile, bacharite, désétatiseur, massacreur de fonctionnaires, suppôt de la gauche, crypto centriste, fossoyeur de la Sécu...

Quoique de gabarits assez comparables, l'Abbé semble en vouloir le plus. Les presque dix ans qui le séparent de son aîné se ressentent dans le jeu de jambes.

Dans les travées, les supporters du perdant du précédent combat, Nico Sarko, donnent de la voix pour galvaniser leur favori, Fillon.

Et au coup de gong du 3e round, la messe est dite. Le bonze est dans les cordes, sonné pour le compte et deux juges sur trois attribuent la joute à l'Abbé Fillon. Beau joueur, frère Alain jette le gant et l'éponge et félicite son vainqueur tandis que Nelson Montfort lui prodigue en trois langues des paroles de réconfort.

Les commentaires vont bon train toute la soirée, dans les gazettes, sur les antennes et dans les QG : champagne à Sablé, de l'eau à Bordeaux.

Une autre primaire est attendue en janvier prochain et puis viendra le grand combat du printemps pour le titre unifié. Prenez vos billets et vivement le joli mois de mai.