Après la tentation de Venise ou plutôt de Mareil Marly, je me suis dit que quitte à revenir sur ce blog, autant que ce soit sur un sujet lourd : le référendum au Royaume Uni.

Comment croire que ce jeune homme bien peigné, ce gendre idéal, alors que rien ne l'y poussait hormis de petits paris politiciens, ait pu commettre la plus grosse boulette politique de l'après-guerre et même depuis Isabeau de Bavière au XVe siècle, épouse du roi fou Charles VI et qui avait failli livrer la France aux Anglais (déjà!). En un sextennat, David Cameron aura réussi : 

- la sortie du seul ensemble économique et politique cohérent, ô combien décevant, mais ayant le mérite d'exister, l'Union Européenne, si péniblement construite depuis soixante ans.

- l'accélération centrifuge de l'Ecosse (et de son pétrole) et de l'Irlande du Nord

- l'affaiblissement de la City dont nombre de banquiers rejoindront le continent dans les prochaines années

- l'effondrement de la livre sterling sans que George Soros ait eu à s'en mêler cette fois-ci (cf. 1992) avec renchérissement des importations et inflation

- la baisse des investissements dans les deux sens

- l'inquiètude des expatriés et des étudiants au RU et des retraités britanniques en Europe

- la baisse du tourisme et du shopping londonien

- l'arrêt des subventions européennes agricoles pour sa Majesté et le Prince Charles (ô shocking!)

- le déferlement d'insultes et de menaces, l'expression décomplexée du racisme dans les villes et villages contres les minorités asiatiques, polonaises, roumaines...pourtant aussi essentielles au fonctionnement du pays que les mexicains en Californie et au Texas, alors que les Brits ont essaimé partout dans le monde et s'y sentent comme chez eux,

- les déchirements entre pro et anti Brexit, 

- une succession tory non préparée (qui voudrait confier le pouvoir à Boris l'opportuniste favorable à l'UE il y a peu et à Nigel (Farage), mal préparé et coupable de mensonges éhontés durant la campagne ?),

- l'incompréhension du reste du monde (et du Commonwealth) pour cette sortie de l'Europe qui apparaît malgré tout comme un rempart à la guerre à la dictature, une zone de prospérité et de droit et une raison d'espérer,

- and, cherry on the pudding, hors référendum, une politique proche orientale effarante (Lybie, Syrie..)

Bref, le jeune David restera comme un des dirigeants les plus calamiteux de l'histoire moderne en laissant un royaume fortement désuni, affaibli, coiffé d'une royauté à bout de souffle, coupée des réalités, uniquement préoccupée d'anniversaires et de symboles, un désastre auprès duquel la dissolution chiraquienne invraisemblable de 1997 passerait pour une mauvaise blague.

Pour le RU, on ne peut trouver aucun aspect positif à cette mauvaise farce. Les hommes politiques locaux courageux, il y en a, de tous bords, devront rapidement monter au créneau (speak out) pour rassurer la population des deux camps hébétée et éviter l'éclatement. 

Pour les 27, en revanche, on peut espérer enfin un électrochoc, l'occasion pour les dirigeants de l'Union de redessiner un destin pour l'Europe, plus près des peuples, plus sociale, reprendre les traités. L'occasion aussi de voir grandeur nature les effets négatifs sur un pays sortant et donc de contrer un des arguments des droites extrêmes. Le pire serait de passer les prochaines années à dénouer l'imbroglio britannique et ne pas agir pour les autres pays. 

Bien sûr, il faudra tendre la main aux anglais, grande nation dont les apports scientifiques, sportifs et musicaux au monde ont été incommensurables. Nous français, peut-on leur reprocher de se croire plus grands qu'ils ne sont, notre pêché mignon, d'être nostalgique de leur grandeur passée ? Certes, on s'est beaucoup foutu sur la gueule depuis 1066 mais, en 1940, l'ardoise a été largement effacée par le comportement héroïque des Spitfire et des Hurricane.

A commencer par une gestion conjointe des migrants car on ne voit pas les Brits rejeter à la mer les boat people partis de Calais que les pandores français n'ont plus, en principe, à gérer.

En attendant, un dernier plaisir : boutons les anglais hors de l'Euro (le tournoi, pas la monnaie, ils n'y sont pas). Si les vaillants Islandais n'y arrivent pas, alors il faudra que les Bleus s'y collent !